Vous voyez des coccinelles dans votre jardin et vous vous demandez si c’est une bonne chose ? C’est même une chance.
Voici pourquoi elles sont les meilleures alliées de vos plantes et comment faire pour les garder près de vous.
La coccinelle, une prédatrice redoutable : quels ravageurs dévore-t-elle ?
La coccinelle n’est pas juste un joli insecte. C’est avant tout une machine à manger les nuisibles de votre jardin. Près de 90% des espèces de coccinelles sont des prédatrices. Leur présence est un signe de bonne santé pour votre écosystème.
Elles passent leur journée à chasser. Leur régime alimentaire est varié, mais elles ont des préférences claires. Si vous avez des problèmes de pucerons, la coccinelle est votre meilleure solution naturelle.
L’ennemi n°1 des pucerons
Le plat principal de la plupart des coccinelles est le puceron. Que ce soit au stade de larve ou adulte, elles en sont très friandes. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on les utilise en lutte biologique dans l’agriculture et le jardinage.
Les chiffres sont parlants. Une seule larve de coccinelle peut dévorer entre 100 et 2000 pucerons durant son développement. C’est pendant ce stade larvaire qu’elle est la plus vorace. Une fois adulte, elle continue son travail et peut consommer jusqu’à 9000 proies au cours de sa vie, soit environ 50 à 70 pucerons par jour.
Une aide contre les acariens et cochenilles
Les pucerons ne sont pas leurs seules cibles. D’autres ravageurs qui s’attaquent à vos plantes sont aussi au menu. Certaines espèces de coccinelles se sont spécialisées dans la chasse d’autres proies.
Elles s’attaquent efficacement à :
- Les acariens, comme les araignées rouges qui abîment les feuilles.
- Les cochenilles, notamment les cochenilles farineuses qui affaiblissent les plantes.
- Les thrips, de minuscules insectes qui piquent les végétaux.
- Les aleurodes, aussi appelées mouches blanches.
Les autres régimes alimentaires des coccinelles
Même si la plupart sont des chasseuses, toutes les coccinelles ne sont pas carnivores. Certaines espèces ont une alimentation différente. On trouve par exemple des coccinelles mycophages. Elles se nourrissent de champignons microscopiques, comme l’oïdium, cette poudre blanche qui recouvre les feuilles de vos courgettes ou de vos rosiers. Elles contribuent ainsi à limiter la propagation de ces maladies.
Il existe aussi des coccinelles phytophages. Celles-ci mangent des végétaux. C’est le cas de la coccinelle de la bryone (*Subcoccinella vigintiquatuorpunctata*), qui peut causer quelques dégâts sur certaines plantes. Mais elles sont bien moins nombreuses que les espèces prédatrices.
Apprendre à reconnaître les coccinelles et leurs larves
Pour bien protéger les coccinelles, il faut d’abord savoir les identifier. Et pas seulement l’adulte, que tout le monde connaît. Le plus important est de reconnaître la larve, car c’est le stade le plus actif contre les pucerons. Beaucoup de jardiniers la détruisent par erreur, pensant que c’est un nuisible.
L’adulte : facile à identifier
La coccinelle adulte est simple à reconnaître. Elle a une forme ronde et bombée sur le dessus, et plate en dessous. Sa taille varie de quelques millimètres à près de 2 cm. Leurs couleurs vives (rouge, jaune, orange, parfois brun) avec des points noirs servent à avertir les prédateurs de leur toxicité.
Sous leurs élytres colorés se cachent des ailes noires transparentes qui leur permettent de voler. Elles ont 6 petites pattes noires et une tête souvent cachée sous le pronotum (la partie juste derrière la tête).
La larve : le prédateur méconnu
La larve de coccinelle ne ressemble pas du tout à l’adulte. Elle a un corps allongé et segmenté, un peu comme une petite chenille hérissée. Sa couleur est souvent bleu-gris métallique ou noire, avec des taches jaunes ou orangées sur les côtés.
Elle est très mobile et se déplace rapidement sur les feuilles à la recherche de proies. Si vous voyez cet insecte sur une plante couverte de pucerons, ne le tuez surtout pas. C’est votre meilleur agent de nettoyage en action.
Les œufs et la nymphe
Les deux autres stades sont plus discrets. Les œufs sont jaunes, de forme allongée, et pondus en petits groupes d’une dizaine ou plus. La femelle les dépose toujours sur une feuille à proximité d’une colonie de pucerons, pour que les larves aient de quoi manger dès leur naissance.
La nymphe est le stade de transformation entre la larve et l’adulte. Elle est immobile et fixée à une feuille. Elle ressemble à une larve recroquevillée sur elle-même, souvent de couleur orangée et noire. Après environ une semaine, l’adulte en sortira.
Idée reçue : le nombre de points n’indique pas l’âge !
On entend souvent dire que le nombre de points sur le dos d’une coccinelle correspond à son âge. C’est faux. Le nombre de points, leur forme et leur couleur dépendent uniquement de l’espèce. Une coccinelle à sept points (*Coccinella septempunctata*) gardera ses sept points toute sa vie.
Il existe dans le monde environ 6000 espèces de coccinelles, dont près de 140 en France. Leurs points peuvent varier de 2 à 24, et certaines n’en ont pas du tout.
Comment attirer et protéger les coccinelles dans son jardin ?
Maintenant que vous savez à quel point elles sont utiles, vous voulez sans doute en avoir plus dans votre jardin. La bonne nouvelle, c’est que ce n’est pas très compliqué. Il suffit de leur offrir un environnement accueillant.
Créer un habitat favorable
Pour que les coccinelles s’installent durablement, elles ont besoin de deux choses : de la nourriture (des pucerons !) et des abris. Voici comment faire :
- Plantez des haies variées : Les haies fournissent des abris et de la nourriture pour de nombreux insectes, y compris les coccinelles.
- Laissez des bandes enherbées : Ne tondez pas tout à ras. Garder des zones d’herbes hautes leur offre un refuge.
- Conservez les feuilles mortes : En hiver, les coccinelles adultes hibernent. Elles se cachent sous un tas de feuilles mortes, une écorce ou une pierre. Laissez un petit coin de votre jardin « en désordre » pour leur permettre de passer l’hiver.
- Cultivez des plantes relais : Certaines plantes comme la capucine ou le sureau attirent les pucerons au début du printemps. Cela permet de nourrir les premières coccinelles qui sortent d’hibernation.
Ce qu’il faut absolument éviter
Le principal danger pour les coccinelles, ce sont les produits chimiques. L’utilisation de pesticides et d’insecticides, même ceux dits « naturels » comme le savon noir, tue non seulement les pucerons mais aussi les coccinelles et leurs larves.
Un conseil simple : avant de traiter une plante contre les pucerons, inspectez-la bien. Si vous voyez des larves de coccinelles, ne faites rien. Elles vont régler le problème pour vous en quelques jours.
Les engrais chimiques peuvent aussi avoir un impact négatif en perturbant l’équilibre de l’écosystème. Un jardinage plus naturel est la clé pour favoriser leur présence.
Connaître leur rythme de vie
Les coccinelles sont des insectes qui aiment la chaleur. Elles sont actives pendant la journée, dès que la température dépasse 15°C. Leur activité est maximale au printemps, quand les colonies de pucerons explosent.
En revanche, quand il fait trop chaud (au-delà de 30°C), leur activité diminue fortement. Elles cherchent alors l’ombre pour se protéger. C’est pour cette raison que la présence de végétaux variés est importante.
Le cycle de vie complet de la coccinelle
Le cycle de vie d’une coccinelle est fascinant et se déroule en quatre étapes bien distinctes. Comprendre ce cycle permet de mieux apprécier leur rôle à chaque moment de leur existence. La durée totale du développement, de l’œuf à l’adulte, peut varier de 10 jours à 2 mois selon la température et la nourriture disponible.
La femelle coccinelle pond ses œufs au printemps, généralement sur la face inférieure des feuilles, toujours près d’une source de nourriture. Elle peut pondre de 50 à 400 œufs au cours de sa vie.
Les 4 étapes du cycle :
- Œuf : L’incubation dure de 3 à 7 jours. Les œufs sont petits, jaunes et regroupés.
- Larve : C’est le stade de croissance. Il dure environ 3 semaines, pendant lesquelles la larve mue plusieurs fois et mange énormément.
- Nymphe : La phase de transformation, immobile. Elle dure environ 8 jours.
- Adulte : Le stade final. La coccinelle adulte peut vivre de 2 à 3 ans si les conditions sont bonnes.
L’hiver, les adultes entrent en diapause. C’est une sorte d’hibernation. Elles se regroupent souvent en grand nombre dans des abris naturels pour attendre le retour du printemps. C’est un moment critique pour leur survie, d’où l’importance de leur laisser des refuges.
Au-delà du jardin : la coccinelle dans la culture
La coccinelle est l’un des rares insectes qui bénéficie d’une excellente réputation partout dans le monde. Elle est souvent associée à la chance et au bonheur. Mais d’où vient ce surnom de « bête à bon Dieu » ?
L’origine de la « bête à bon Dieu »
Cette expression remonte au Moyen Âge, au Xe siècle. Une légende raconte qu’à Paris, un homme condamné à mort pour un crime qu’il niait clamait son innocence. Le jour de son exécution publique, alors que le bourreau levait sa hache, une coccinelle se posa sur le cou du condamné.
Le bourreau tenta de la chasser, mais l’insecte revenait toujours se poser au même endroit. Le roi Robert II, présent, y vit un signe divin et décida de gracier l’homme. Quelques jours plus tard, le vrai coupable fut retrouvé. Depuis ce jour, la coccinelle est devenue un porte-bonheur qu’il ne faut pas écraser, une « bête à bon Dieu ».
Un symbole dans plusieurs cultures
Cette association positive se retrouve dans de nombreuses langues. En anglais, on l’appelle « ladybird » ou « ladybug » (« l’insecte de Notre-Dame »), et en allemand « Marienkäfer » (« scarabée de Marie »).
Ce lien avec la Vierge Marie viendrait de la coccinelle à sept points. Les sept points noirs sur ses élytres rouges auraient été interprétés comme un symbole des sept joies et des sept douleurs de Marie. C’est un insecte chargé d’histoire et de symboles.
Biologiquement, ses couleurs vives sont un avertissement pour les prédateurs (on parle d’aposématisme). Et si elle se sent menacée, elle peut sécréter par ses articulations un liquide jaune, amer et toxique. C’est un mécanisme de défense efficace qui explique pourquoi elle a peu d’ennemis.
Protéger les coccinelles, c’est donc assez simple. Il suffit de laisser un peu de place à la nature dans son jardin. En échange, elles vous offriront un contrôle naturel et gratuit contre les pucerons et autres nuisibles, tout en ajoutant une touche de couleur et de vie à vos plantations.
